AI Act et recrutement : ce qu'il faut vérifier avant de laisser une IA trier vos candidats
Oui, les systèmes d'IA utilisés pour le recrutement et l'évaluation de candidats sont classés « haut risque » par le règlement européen sur l'IA (Annexe III). Mais leurs obligations complètes, prévues au départ pour le 2 août 2026, ont été reportées au 2 décembre 2027 par l'amendement « Digital Omnibus » adopté en juin 2026. Trois obligations distinctes s'appliquent pourtant déjà aujourd'hui, et ne pas les vérifier maintenant coûtera cher en 2027.
Depuis le printemps, une confusion circule dans les directions RH françaises : certains pensent être déjà en infraction depuis le 2 août 2026, d'autres pensent que le recrutement vient d'être retiré de la liste des usages à haut risque. Les deux sont faux. La classification n'a pas bougé ; seul le calendrier d'une partie des obligations a changé, et il reste exactement trois points à vérifier dès maintenant.
Le recrutement, classé « haut risque » depuis l'origine du texte
Le règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle, entré en vigueur le 1er août 2024, classe en Annexe III les systèmes d'IA « destinés à être utilisés pour le recrutement ou la sélection de personnes physiques » — qu'il s'agisse de cibler des offres d'emploi, de filtrer des candidatures ou d'évaluer des candidats. Cette classification n'a jamais été remise en question et ne l'est toujours pas. Ce qui a changé, c'est uniquement la date à laquelle les obligations complètes qui en découlent deviennent exigibles.
Le report de juin 2026 : ce qui a changé, et ce qui n'a pas changé
Le 16 juin 2026, le Parlement européen a adopté l'amendement « Digital Omnibus », confirmé par le Conseil de l'UE le 29 juin 2026. Son objet : donner aux entreprises plus de temps pour cartographier leurs systèmes d'IA, évaluer leur niveau de risque et documenter leur gouvernance, avant l'entrée en vigueur des obligations les plus lourdes.
| Catégorie | Échéance initiale | Nouvelle échéance |
|---|---|---|
| Systèmes à haut risque autonomes (Annexe III — dont le recrutement) | 2 août 2026 | 2 décembre 2027 |
| Systèmes à haut risque intégrés à des produits réglementés (Annexe I) | 2 août 2026 | 2 août 2028 |
| Transparence (article 50) | 2 août 2026 | Inchangée — 2 août 2026 |
Ce que ce report ne change pas : il ne retire aucune catégorie de la liste des usages à haut risque, il ne supprime aucune obligation — il en repousse l'exigibilité. Les entreprises conservent par ailleurs leurs obligations existantes, comme la formation à la culture IA de leurs équipes.
Trois choses qui s'appliquent déjà, aujourd'hui
Le report ne concerne qu'une partie du règlement. Trois obligations, indépendantes du calendrier « haut risque », sont déjà exigibles.
1. La transparence de l'article 50, depuis le 2 août 2026. Un candidat doit être informé qu'il interagit avec un système d'IA (un chatbot de présélection, par exemple), et tout contenu généré par IA publié sans révision humaine doit être identifié comme tel. Les systèmes déjà en service au 2 août 2026 disposaient d'un délai supplémentaire jusqu'au 2 décembre 2026 pour s'y conformer.
2. L'interdiction de la reconnaissance d'émotions au travail, depuis le 2 février 2025. L'article 5 du règlement interdit les systèmes d'inférence des émotions sur le lieu de travail, avec des exceptions médicales et de sécurité très limitées. Cette interdiction est en vigueur depuis plus d'un an et demi — elle ne fait pas partie du report de juin 2026.
3. L'article 22 du RGPD, depuis 2018. Indépendamment du règlement IA, le RGPD restreint déjà les décisions entièrement automatisées produisant des effets juridiques ou significatifs sur une personne — une candidature rejetée sans intervention humaine en fait partie. Cette obligation est antérieure au règlement IA et totalement indépendante de son calendrier.
En clair. Une entreprise qui utilise aujourd'hui un outil d'entretien vidéo IA doit déjà pouvoir répondre à trois questions : le candidat est-il informé qu'il passe un entretien mené par une IA ? L'outil analyse-t-il ses émotions ou son visage ? Un humain intervient-il avant toute décision défavorable ? Les deux premières sont des obligations légales actuelles, pas des bonnes pratiques optionnelles.
Ce qui arrive au 2 décembre 2027
À cette date, les obligations complètes de l'Annexe III s'appliqueront pleinement au recrutement. Elles couvrent notamment :
- Une supervision humaine documentée, assurée par du personnel compétent et habilité, capable de réellement réexaminer et, le cas échéant, d'annuler une décision assistée par IA — pas une validation mécanique.
- L'information des candidats sur l'usage de l'IA dans le processus qui les concerne, et sur les fonctions actives du système.
- Une gouvernance des données d'entraînement : représentativité, analyse du risque de discrimination avant mise en service.
- Une traçabilité des décisions, avec conservation des journaux d'activité pendant au moins six mois et une procédure de détection et d'escalade des incidents.
- Une documentation technique complète couvrant les usages autorisés, les limites du système et les procédures de contrôle.
Les sanctions prévues pour un manquement à ces obligations atteignent 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu — au même niveau que les sanctions RGPD les plus lourdes.
Pourquoi attendre 2027 est une mauvaise idée
Quatorze mois peuvent sembler confortables. Ils ne le sont pas pour qui part de zéro : cartographier ses outils, documenter une gouvernance, auditer un fournisseur et former des évaluateurs à une supervision réelle — et non à une validation de façade — prend du temps. Et le calendrier 2027 ne dispense de rien avant cette date : la transparence et l'interdiction de la reconnaissance d'émotions s'appliquent dès aujourd'hui, et un contrôle ou un contentieux sur ces deux points est possible dès maintenant.
C'est le principe sur lequel nous avons construit SELECT : aucune analyse faciale ni émotionnelle à aucun moment du processus, un candidat systématiquement informé qu'il passe un entretien mené par un évaluateur IA, une évaluation documentée critère par critère — vidéo, transcription, notation — et une décision qui reste, dans tous les cas, entre les mains du recruteur. Ce n'est pas une anticipation du règlement de 2027 : c'est une conception qui s'y conforme déjà sur les points qui comptent.
Ce que ça signifie concrètement pour vous
Si vous utilisez ou évaluez un outil d'entretien ou de présélection assisté par IA, quatre questions à poser dès maintenant, indépendamment de l'échéance 2027 :
- L'outil analyse-t-il le visage ou les émotions du candidat, même partiellement ? Si oui, c'est déjà un problème de conformité, pas un sujet pour 2027.
- Le candidat est-il explicitement informé qu'il interagit avec un système d'IA ? C'est exigible depuis le 2 août 2026.
- Un humain peut-il réellement modifier ou rejeter l'évaluation produite par l'IA, et pas seulement la valider ? C'est déjà une exigence du RGPD, et ce sera renforcé en 2027.
- Le fournisseur peut-il documenter son système — données d'entraînement, limites, procédures de contrôle ? S'il ne le peut pas aujourd'hui, il aura du mal à le pouvoir dans quatorze mois.
Questions fréquentes
Mon entreprise doit-elle déjà se conformer aux obligations haut risque du règlement IA pour son outil de recrutement ?
Pas encore pour les obligations complètes : elles ont été reportées du 2 août 2026 au 2 décembre 2027. Mais deux autres obligations s'appliquent déjà et ne dépendent pas de ce report : la transparence de l'article 50 depuis le 2 août 2026, et l'interdiction de la reconnaissance d'émotions au travail depuis le 2 février 2025. Vérifiez ces deux points dès maintenant, indépendamment de l'échéance 2027.
Qu'est-ce que l'amendement Digital Omnibus et pourquoi a-t-il reporté le calendrier ?
C'est un amendement de simplification adopté par le Parlement européen le 16 juin 2026 puis par le Conseil de l'UE le 29 juin 2026. Il donne aux entreprises plus de temps pour cartographier leurs systèmes d'IA, évaluer leur niveau de risque et documenter leur gouvernance avant l'échéance du 2 décembre 2027. Il ne change rien à la classification : le recrutement reste une catégorie à haut risque, seule la date des obligations complètes a bougé.
Un outil d'entretien vidéo IA fait-il de la reconnaissance d'émotions, et est-ce interdit ?
L'article 5 du règlement interdit les systèmes de reconnaissance des émotions sur le lieu de travail depuis le 2 février 2025, avec des exceptions médicales et de sécurité très limitées. La plupart des plateformes d'entretien vidéo IA actuelles, y compris les plus anciennes du marché, ont retiré cette fonctionnalité de leur offre ces dernières années. C'est aujourd'hui un point à vérifier explicitement auprès de tout fournisseur, pas une hypothèse à écarter d'office.
Que risque une entreprise qui ne respecte pas les obligations du règlement IA ?
Pour les manquements aux obligations haut risque, les sanctions prévues par le règlement atteignent 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu. Ce niveau de sanction ne s'appliquera qu'à partir du 2 décembre 2027 pour le recrutement. En attendant, le RGPD reste pleinement applicable : son article 22, qui encadre les décisions entièrement automatisées, est en vigueur depuis 2018 et ne dépend d'aucun calendrier du règlement IA.
Faut-il attendre le 2 décembre 2027 pour agir ?
Non. Construire une documentation de gouvernance, faire auditer un fournisseur ou former les équipes à la supervision humaine prend du temps, et les obligations ne se limitent pas à la seule échéance 2027 : la transparence et l'interdiction de la reconnaissance d'émotions s'appliquent déjà. Un recruteur capable de démontrer dès aujourd'hui une décision humaine documentée, sans analyse faciale ni émotionnelle, aborde l'échéance 2027 en position d'avance plutôt que dans l'urgence.
En résumé
Le recrutement reste, et restera, une catégorie à haut risque du règlement européen sur l'IA. Seule l'échéance des obligations les plus lourdes a bougé, du 2 août 2026 au 2 décembre 2027. Trois vérifications ne peuvent pas attendre cette date : l'absence d'analyse faciale ou émotionnelle, l'information du candidat sur l'usage de l'IA, et la capacité réelle d'un humain à revoir la décision.
Sources
- Règlement (UE) 2024/1689 établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle, entré en vigueur le 1er août 2024 — Annexe III, point 4(a) : systèmes destinés au recrutement ou à la sélection de personnes physiques.
- Amendement « Digital Omnibus », adopté par le Parlement européen le 16 juin 2026 et par le Conseil de l'UE le 29 juin 2026 : report des obligations complètes applicables aux systèmes à haut risque de l'Annexe III, du 2 août 2026 au 2 décembre 2027 (Annexe I : 2 août 2028).
- Règlement (UE) 2024/1689, article 5 : interdiction des systèmes de reconnaissance des émotions sur le lieu de travail, en vigueur depuis le 2 février 2025 (exceptions médicales et de sécurité limitées).
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), article 22 : droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé produisant des effets juridiques ou similaires significatifs, en vigueur depuis 2018.
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